"Élodie, pourras-tu attester, un jour, que je vécus fidèle à mon devoir, que mon cœur fut droit et mon âme pure, que je n'eus d'autre passion que le bien public; que j'étais né sensible et tendre? Diras-tu: "Il fit son devoir?" Mais non! tu ne le diras pas. Et je ne te demande pas de le dire. Périsse ma mémoire! Ma gloire est dans mon cœur; la honte m'environne. Si tu m'aimas, garde sur mon nom un éternel silence."
Un enfant de huit ou neuf ans, qui jouait au cerceau, se jeta en ce moment dans les jambes de Gamelin.
Celui-ci l'éleva brusquement dans ses bras:
"Enfant! tu grandiras libre, heureux, et tu le devras à l'infâme Gamelin. Je suis atroce pour que tu sois heureux. Je suis cruel pour que tu sois bon, je suis impitoyable pour que demain tous les Français s'embrassent en versant des larmes de joie."
Il le pressa contre sa poitrine:
"Petit enfant, quand tu seras un homme, tu me devras ton bonheur, ton innocence; et, si jamais tu entends prononcer mon nom, tu l'exécreras."
Et il posa à terre l'enfant, qui s'alla jeter épouvanté dans les jupes de sa mère, accourue pour le délivrer.
Cette jeune mère, qui était jolie et d'une grâce aristocratique, dans sa robe de linon blanc, emmena son petit garçon avec un air de hauteur.
Gamelin tourna vers Élodie un regard farouche:
"J'ai embrassé cet enfant; peut-être ferai-je guillotiner sa mère."