A deux pas de lui, un jeune homme, qui causait avec une citoyenne élégante, dit:

"Connaissez-vous la nouvelle?... L'Opéra est installé rue de la Loi."

Cependant on savait: on chuchotait le nom de Robespierre, mais en tremblant, car on le craignait encore. Et les femmes, au bruit murmuré de sa chute, dissimulaient un sourire.

Évariste Gamelin saisit la main d'Élodie et aussitôt la rejeta brusquement:

"Adieu! Je t'ai associée à mes destins affreux, j'ai flétri à jamais ta vie. Adieu. Puisses-tu m'oublier!

--Surtout, lui dit-elle, ne rentre pas chez toi cette nuit: viens à l'Amour peintre. Ne sonne pas; jette une pierre contre mes volets. J'irai t'ouvrir moi-même la porte, je te cacherai dans le grenier.

--Tu me reverras triomphant, ou tu ne me reverras plus. Adieu!"

En approchant de l'Hôtel de Ville, il entendit monter vers le ciel lourd la rumeur des grands jours. Sur la place de Grève, un tumulte d'armes, un flamboiement d'écharpes et d'uniformes, les canons d'Hanriot en batterie. Il gravit l'escalier d'honneur et, en entrant dans la salle du Conseil, signe la feuille de présence. Le Conseil général de la Commune, à l'unanimité des quatre cent quatre-vingt-onze membres présents, se déclare pour les proscrits.

Le maire se fait apporter la table des Droits de l'Homme, lit l'article où il est dit: "Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est pour le peuple le plus saint et le plus indispensable des devoirs", et le premier magistrat de Paris déclare qu'au coup d'État de la Convention la Commune oppose l'insurrection populaire.

Les membres du Conseil général font serment de mourir à leur poste. Deux officiers municipaux sont chargés de se rendre sur la place de Grève et d'inviter le peuple à se joindre à ses magistrats afin de sauver la patrie et la liberté.