Élodie fit signe qu'oui.
"Vous connaissez aussi le bonhomme Greuze, qui certes est suffisamment ridicule avec son habit écarlate et son épée. Mais il a l'air d'un sage de la Grèce auprès de Fragonard. Je l'ai rencontré, il y a quelque temps, ce misérable vieillard, trottinant sous les arcades du Palais-Égalité, poudré, galant, frétillant, égrillard, hideux. A cette vue, je souhaitai qu'à défaut d'Apollon quelque vigoureux ami des arts le pendît à un arbre et l'écorchât comme Marsyas, en exemple éternel aux mauvais peintres."
Élodie fixa sur lui le regard de ses yeux gais et voluptueux:
"Vous savez haïr, monsieur Gamelin, faut-il croire que vous savez aussi ai....
--C'est vous, Gamelin?" fit une voix de ténor, la voix du citoyen Blaise qui rentrait dans son magasin, bottes craquantes, breloques sonnantes, basques envolées, et coiffé d'un énorme chapeau noir dont les cornes lui descendaient sur les épaules.
Élodie, emportant sa corbeille, monta dans sa chambre.
"Eh bien, Gamelin! demanda le citoyen Blaise, m'apportez-vous quelque chose de neuf?
--Peut-être", dit le peintre.
Et il exposa son idée:
"Nos cartes à jouer offrent un contraste choquant avec l'état des mœurs. Les noms de valet et de roi offensent les oreilles d'un patriote. J'ai conçu et exécuté le nouveau jeu de cartes révolutionnaire dans lequel aux rois, aux dames, aux valets sont substituées les Libertés, les Égalités, les Fraternités; les as, entourés de faisceaux, s'appellent les Lois.... Vous annoncez Liberté de trèfle, Égalité de pique, Fraternité de carreau, Loi de cœur.... Je crois ces cartes assez fièrement dessinées; j'ai l'intention de les faire graver en taille-douce par Desmahis, et de prendre un brevet."