Et Beauvisage tendit sa tabatière ouverte aux deux délégués.
"Maintenant il faut pincer notre gredin, dit Delourmel, qui portait de longues moustaches et roulait de grands yeux. Je me sens d'appétit, ce matin, à manger de la fressure d'aristocrate, arrosée d'un verre de vin blanc."
Beauvisage proposa aux délégués d'aller trouver dans sa boutique de la place Dauphine son collègue Dupont aîné, qui connaissait sûrement l'individu des Ilettes.
Ils cheminaient dans l'air vif, suivis de quatre grenadiers de la section.
"Avez-vous vu jouer Le Jugement dernier des Rois? demanda Delourmel à ses compagnons; la pièce mérite d'être vue. L'auteur y montre tous les rois de l'Europe réfugiés dans une île déserte, au pied d'un volcan qui les engloutit. C'est un ouvrage patriotique."
Delourmel avisa, au coin de la rue du Harlay, une petite voiture, brillante comme une chapelle, que poussait une vieille qui portait par-dessus sa coiffe un chapeau de toile cirée.
"Qu'est-ce que vend cette vieille?" demanda-t-il.
La vieille répondit elle-même:
"Voyez, messieurs, faites votre choix. Je tiens chapelets et rosaires, croix, images saint Antoine, saints suaires, mouchoirs de sainte Véronique, Ecce homo, Agnus Dei, cors et bagues de saint Hubert, et tous objets de dévotion.
--C'est l'arsenal du fanatisme!" s'écria Delourmel.