Et il lui jette sur les épaules la toile, le mât, la corne et le gui.

Puis, se chargeant lui-même d'une étrave et d'un gouvernail avec la mèche et la barre et saisissant un sac de charpentier plein d'outils, il court au rivage, tirant après lui par sa robe le saint homme plié, suant et soufflant, sous le faix de la toile et des bois.

CHAPITRE IV

NAVIGATION DE SAINT MAËL SUR L'OCÉAN DE GLACE

Le Diable, s'étant troussé jusqu'aux aisselles, traîna l'auge sur le sable et la gréa en moins d'une heure.

Dès que le saint homme Maël se fut embarqué, cette cuve, toutes voiles déployées, fendit les eaux avec une telle vitesse que la côte fut aussitôt hors de vue. Le vieillard gouvernait au sud pour doubler le cap Land's End. Mais un courant irrésistible le portait au sud-ouest. Il longea la côte méridionale de l'Irlande et tourna brusquement vers le septentrion. Le soir, le vent fraîchit. En vain Maël essaya de replier la toile. La cuve fuyait éperdument vers les mers fabuleuses.

À la clarté de la lune, les sirènes grasses du Nord, aux cheveux de chanvre, vinrent soulever autour de lui leurs gorges blanches et leurs croupes roses; et, battant de leurs queues d'émeraude la vague écumeuse, elles chantèrent en cadence:

Où cours-tu, doux Maël,
Dans ton auge éperdue?
Ta voile est gonflée
Comme le sein de Junon
Quand il en jaillit la Voie lactée.

Un moment elles le poursuivirent, sous les étoiles, de leurs rires harmonieux. Mais la cuve fuyait plus rapide cent fois que le navire rouge d'un Viking. Et les pétrels, surpris dans leur vol, se prenaient les pattes aux cheveux du saint homme.

Bientôt une tempête s'éleva, pleine d'ombre et de gémissements, et l'auge, poussée par un vent furieux, vola comme une mouette dans la brume et la houle.