—Avant de se mettre en colère, ne pourrait-on pas essayer de comprendre? soupira la belle Orberose avec un mépris profond et doux.
Et elle exposa ses desseins subtils.
En l'écoutant, le héros demeurait pensif. Et quand elle eut cessé de parler:
—Orberose, ta ruse est profonde, dit-il. Et, si tes desseins s'accomplissent selon tes prévisions, j'en tirerai de grands avantages. Mais comment seras-tu la vierge désignée par le ciel?
—N'en prends nul souci, Kraken, répliqua-t-elle. Et allons nous coucher.
Le lendemain, dans la caverne parfumée de l'odeur des graisses, Kraken tressait une carcasse très difforme d'osier et la recouvrait de peaux effroyablement hérissées, squameuses et squalides. À l'une des extrémités de cette carcasse, la belle Orberose cousit le cimier farouche et la visière hideuse, que portait Kraken dans ses courses dévastatrices, et, à l'autre bout, elle assujettit la queue aux replis tortueux que le héros avait coutume de traîner derrière lui. Et, quand cet ouvrage fut achevé, ils instruisirent le petit Elo et les cinq autres enfants, qui les servaient, à s'introduire dans cette machine, à la faire marcher, à y souffler dans des trompes et à y brûler de l'étoupe, afin de jeter des flammes et de la fumée par la gueule du dragon.
CHAPITRE XII
LE DRAGON D'ALCA (SUITE)
Orberose, ayant revêtu une robe de bure et ceint une corde grossière, se rendit au moustier et demanda à parler au bienheureux Maël. Et, parce qu'il était interdit aux femmes d'entrer dans l'enceinte du moustier, le vieillard s'avança hors des portes, tenant de sa dextre la crosse pastorale et s'appuyant de la main gauche sur l'épaule du frère Samuel, le plus jeune de ses disciples.
Il demanda: