—Émiral, vous n'avez jamais vu le prince Crucho?

—Jamais.

Elle soupira.

—C'est bien là le malheur. Il serait si heureux de vous voir! Il vous estime et vous apprécie. Il a votre portrait sur sa table de travail, à côté de celui de la princesse sa mère. Quel dommage qu'on ne le connaisse pas! C'est un charmant prince, et si reconnaissant de ce qu'on fait pour lui! Ce sera un grand roi. Car il sera roi: n'en doutez pas. Il reviendra, et plus tôt qu'on ne croit…. Ce que j'ai à vous dire, la mission qui m'est confiée se rapporte précisément à….

L'émiral se leva:

—Pas un mot de plus, chère madame. J'ai l'estime, j'ai la confiance de la république. Je ne la trahirai pas. Et pourquoi la trahirais-je? Je suis comblé d'honneurs et de dignités.

—Vos honneurs, vos dignités, mon cher émiral, permettez-moi de vous le dire, sont bien loin d'égaler vos mérites. Si vos services étaient récompensés, vous seriez émiralissime et généralissime, commandant supérieur des troupes de terre et de mer. La république est bien ingrate à votre égard.

—Tous les gouvernements sont plus ou moins ingrats.

—Oui, mais les chosards sont jaloux de vous. Ces gens-là craignent toutes les supériorités. Ils ne peuvent souffrir les militaires. Tout ce qui touche la marine et l'armée leur est odieux. Ils ont peur de vous.

—C'est possible.