Jambe-d'Argent chanta:

Vive le Roi! ce cri de ralliement
Des vrais Français est le seul qui soit digne.
Vive le Roi! de chaque régiment
Que ces trois mots soient la seule consigne.

--C'est égal! dit Chassons des Aigues. Vous avez tort, Lacrisse, de repousser les moyens révolutionnaires; ce sont les bons.

--Enfants!... dit Henri Léon; nous n'avons qu'un moyen d'action, un seul, mais sûr, puissant, efficace. C'est l'Affaire. Nous sommes nés de l'Affaire: nationalistes, ne l'oubliez pas. Nous avons grandi et prospéré par l'Affaire. Elle seule nous a nourris, elle seule nous sustente encore. C'est d'elle que nous tirons notre suc et notre aliment; c'est elle qui nous fournit notre vivifique substance. Si, arrachée du sol, elle se dessèche et meurt, nous languissons et nous dépérissons.

»Feignons de l'extirper, mais élevons-la soigneusement, nourrissons-la, arrosons-la. Le public est simple; il est prévenu en notre faveur. En nous voyant bêcher, gratter, racler autour de la plante nourricière, il croira que nous nous efforçons d'en arracher jusqu'à la dernière racine. Et il nous chérira, il nous bénira de notre zèle. Il n'imaginera jamais que nous la cultivons avec amour. Elle a refleuri en pleine Exposition. Et ce peuple candide ne s'est pas aperçu que c'était par nos soins.»

Jambe-d'Argent chanta:

Puisqu'ici notre général
Du plaisir nous donn' le signal,
Mes amis, poussons à la vente;
Si nous voulons bien le r'mercier,
Chantons, soldat, comme officier:
Moi, Jarnigoi!
Je suis soldat du Roi,
J'm'en pique, j'm'en flatte et j'm'en vante.

--C'est bien joli, cette chanson, murmura la baronne de Bonmont, les yeux mi-clos.

--Oui, dit Jambe-d'Argent en secouant sa rude crinière. Cela s'appelle Cadet-Buteux enrégimenté ou le Soldat du Roi. C'est un petit chef-d'oeuvre. J'ai eu une bonne idée en exhumant ces vieilles chansons royalistes de la Restauration.

Moi, Jarnigoi!
Je suis soldat du Roi.