--C'est vrai, reprit Ernest, vos manifestations, c'est crevant.
Le petit Dellion qui lui devait de l'argent et Chassons des Aigues, qui voulait lui en emprunter, évitèrent de le heurter de front.
Chassons s'efforça de sourire, comme charmé par un trait d'esprit, et Dellion eut une parole de consentement.
--Je ne dis pas non. Mais qu'est-ce qui n'est pas crevant?
Cette pensée inspira de profondes réflexions à Ernest, qui, après un moment de silence, dit avec un accent sincère de mélancolie:--C'est vrai! Tout est crevant... Et, pensif, il ajouta:
--Ainsi les teuf-teuf, ça vous laisse en panne aux endroits où on ne voudrait pas. Ce n'est pas qu'on regrette d'arriver en retard... Pour ce qu'on trouve dans les endroits où l'on va... Mais je suis resté l'autre jour cinq heures entre Marville et Boulay. Vous connaissez pas cet endroit-là? C'est avant d'arriver à Dreux. Pas une maison, pas un arbre, pas un pli de terrain. C'est plat, c'est jaune, c'est rond, avec un bête de ciel posé dessus comme une cloche à melons. On se fait vieux dans des localités pareilles.... C'est égal, je vais essayer d'un nouveau système... soixante-dix kilomètres à l'heure... et moelleux... Venez-vous avec moi, Dellion? je pars ce soir.
XXVI
--Les Trublions, dit M. Bergeret, m'inspirent le plus vif intérêt. Aussi n'est-ce point sans plaisir que j'ai découvert dans le livre assez précieux de Nicole Langelier, Parisien, un deuxième chapitre relatif à ces petits êtres. Vous souvient-il du premier, monsieur Goubin?
M. Goubin répondit qu'il le savait par coeur.
--Je vous en loue, dit M. Bergeret. Car c'est bréviaire. Je vais tout de suite vous lire le chapitre deuxième, qui ne vous plaira pas moins que le précédent.