--La trompe! la trompe! Savez-vous sonner de la trompe, Lacrisse? Si vous ne savez pas, je vous apprendrai. Il est nécessaire qu'un conseiller municipal sache sonner de la trompe.
--Je reprends, dit Chassons des Aigues, sérieux comme s'il taillait un bac; premier voeu du Conseil: mise en accusation des ministres; deuxième voeu: mise en accusation des sénateurs; troisième voeu: mise en accusation du président de la République... Après quelques voeux de cette force le ministère procède à la dissolution du Conseil. Le Conseil résiste et fait un véhément appel à l'opinion. Paris outragé se soulève...
--Croyez-vous, demanda doucement Léon, croyez-vous, Chassons, que Paris outragé se soulèvera?
--Je le crois, dit Chassons des Aigues.
--Je ne le crois pas, dit Henri Léon.... Vous connaissez le citoyen Bissolo, puisque vous l'avez décervelé, le 14, à la revue. Je le connais aussi. Une nuit, sur le boulevard, pendant une des manifestations qui suivirent l'élection du triste Loubet, le citoyen Bissolo vint à moi comme au plus constant et au plus généreux de ses ennemis. Nous échangeâmes quelques paroles. Tous nos camelots donnaient. Les cris de: «Vive l'armée!» grondaient de la Bastille à la Madeleine. Les promeneurs, amusés et souriants, nous étaient favorables. Lançant comme une faux son long bras de bossu vers la foule, Bissolo me dit: «Je la connais la rosse. Montez dessus. Elle vous cassera les reins, en se couchant par terre tout d'un coup, quand vous ne vous méfierez pas». Ainsi parla Bissolo au coin de la rue Drouot le jour où Paris s'offrait à nous.
--Mais il outrage le peuple, votre Bissolo, s'écria Joseph Lacrisse. Il est infâme.
--Il est prophétique, répliqua Henri Léon.
--La trompe, la trompe, il n'y a que ça, chanta, d'une voix pâteuse, le jeune Jacques de Cadde.
FIN