Pauline sauta au cou de son père, qui l'embrassa, sa serviette à la main, et qui se recula ensuite pour contempler cette jeune fille, mystérieuse comme toutes les jeunes filles, qu'il ne reconnaissait plus après un an d'absence, qui lui était à la fois très proche et presque étrangère, qui lui appartenait par d'obscures origines et qui lui échappait par la force éclatante de la jeunesse.

--Bonjour, mon papa!

La voix même était changée, devenue moins haute et plus égale.

--Comme tu es grande, ma fille!

Il la trouva gentille avec son nez fin, ses yeux intelligents et sa bouche moqueuse. Il en éprouva du plaisir. Mais ce plaisir lui fut tout de suite gâté par cette réflexion qu'on n'est guère tranquille sur la terre et que les êtres jeunes, en cherchant le bonheur, tentent une entreprise incertaine et difficile.

Il donna à Zoé un rapide baiser sur chaque joue.

--Tu n'as pas changé, toi, ma bonne Zoé.... Je ne vous attendais pas aujourd'hui. Mais je suis bien content de vous revoir toutes les deux.

Riquet ne concevait pas que son maître fît à des étrangères un accueil si familier. Il aurait mieux compris qu'il les chassât avec violence, mais il était accoutumé à ne pas comprendre toutes les actions des hommes. Laissant faire à M. Bergeret, il faisait son devoir. Il aboyait à grands coups pour épouvanter les méchants. Puis il tirait du fond de sa gueule des grognements de haine et de colère; un pli hideux des lèvres découvrait ses dents blanches. Et il menaçait les ennemis en reculant.

--Tu as un chien, papa? fit Pauline.

--Vous ne deviez venir que samedi, dit M. Bergeret.