--Je n'en sais rien. Je regarde si ce n'est pas un de mes agents. Je suis filé. Depuis que j'habite Paris, je promène toute la journée deux agents. C'est agaçant à la longue. Cette fois je croyais pourtant bien les avoir semés.

--Est-ce que vous ne pourriez pas vous plaindre?

--A qui?

--Je ne sais pas... au gouvernement....

Il ne répondit rien et demeura quelque temps encore en observation. Puis, s'étant assuré que l'homme n'était pas un de ses agents, il revint à elle, un peu rasséréné.

--Combien je vous aime! Vous êtes plus jolie encore que d'habitude. Je vous assure. Vous êtes adorable.... Mais si on me les avait changés, mes agents!... C'est Dupuy qui me les avait donnés. Il y en avait un grand et un petit. Le grand portait des lunettes noires. Le petit avait un nez en bec de perroquet et des yeux d'oiseau, qui regardaient de côté. Je les connaissais. Ils n'étaient pas bien à craindre. Ils étaient brûlés. Quand j'étais à mon cercle, chacun de mes amis me disait en entrant: «Lacrisse, je viens de voir vos agents à la porte.» Je leur envoyais, à ces braves agents, des cigares et de la bière. Je me demandais, des fois, si Dupuy ne me les donnait pas pour me protéger. Il était brusque, quinteux, fantasque, Dupuy, mais il était tout de même un patriote. Je ne le compare pas aux ministres actuels. Avec eux, il faut jouer serré. S'ils m'avaient changé mes agents, les misérables!

Il retourna à la fenêtre.

--Non!... C'est un cocher qui fume sa pipe. Je n'avais pas remarqué son gilet rayé de jaune. La peur déforme les objets, c'est positif!... Je vous avoue que j'ai eu peur: vous pensez bien que c'était pour vous. Il ne faudrait pas que vous fussiez compromise à cause de moi. Vous si charmante, si délicieuse!...

Il revint à elle, la pressa dans ses bras et l'assaillit de caresses profondes. Bientôt elle vit ses vêtements dans un tel désordre, que la pudeur, à défaut d'un autre sentiment, l'aurait obligée à les ôter.

--Elisabeth, dites-moi que vous m'aimez.