Quelques jours après son entrevue avec le préfet Worms-Clavelin, il remontait les Champs-Elysées, songeant à sa candidature, qui s'annonçait assez bien et qu'il importait de lancer le plus tôt possible. Mais au moment de publier la liste dont il tenait la tête, un des candidats, M. de Terremondre, s'était dérobé. M. de Terremondre était trop modéré pour se séparer des violents. Il était revenu à eux en entendant redoubler leurs cris. «Je m'y attendais! songeait Panneton. Le mal n'est pas grand. Je prendrai Gromance à la place de Terremondre. Gromance fera l'affaire. Gromance propriétaire. Il n'y a pas un hectare de ses terres qui ne soit hypothéqué. Mais cela ne lui nuira que dans son arrondissement. Il est à Paris. Je vais le voir.»

A cet endroit de sa pensée et de sa promenade, il vit venir madame de Gromance dans un manteau de vison qui lui tombait jusqu'aux pieds. Elle restait fine et mince sous l'épaisse toison. Il la trouva délicieuse ainsi.

--Je suis charmé de vous voir, chèremadame. Comment va M. de Gromance?

--Mais... bien.

Quand on lui demandait des nouvelles de son mari, elle craignait toujours que ce ne fût avec une ironie de mauvais goût.

--Voulez-vous me permettre de faire quelques pas avec vous, madame? J'ai à vous parler de choses sérieuses... d'abord.

--Dites.

--Votre manteau vous donne un air farouche, l'air d'une charmante petite sauvage...

--Ce sont là les choses sérieuses que...

--J'y viens. Il est nécessaire que M. de Gromance pose sa candidature au Sénat. L'intérêt du pays l'exige. M. de Gromance est nationaliste, n'est-ce pas?