AVOCAT A LA COUR D'APPEL
Candidat de Saint-Antoine
N'infligez point, messieurs, au bon saint Antoine cette douleur imméritée de voir échouer son candidat.
Signé: RIBAGOU, avocat; WERTHEIMER, publiciste; FLORIMOND, architecte; BÈCHE, capitaine en retraite; MOLON, ouvrier.
On voit par ces documents à quelle hauteur intellectuelle et morale le nationalisme a porté la discussion des candidatures municipales à Paris.
XXIII
Joseph Lacrisse, candidat nationaliste, mena très activement la campagne, dans le quartier des Grandes-Écuries, contre Anselme Raimondin, conseiller sortant, radical. Tout de suite il se sentit à l'aise dans les réunions publiques. Étant avocat et très ignorant, il parlait abondamment, sans que rien l'arrêtât jamais. Il étonnait, par la rapidité de son débit, les électeurs avec lesquels il demeurait en sympathie par le petit nombre et la simplicité de ses idées, et ce qu'il disait était toujours ce qu'ils auraient dit ou du moins voulu dire. Il prenait de grands avantages sur Anselme Raimondin. Il parlait sans cesse de son honnêteté et de l'honnêteté de ses amis politiques, répétait qu'il fallait nommer des honnêtes gens, et que son parti était le parti des honnêtes gens. Et comme c'était un parti nouveau, on le croyait.
Anselme Raimondin, dans ses réunions, répliqua qu'il était honnête et très honnête; mais ses déclarations, venant après les autres, semblaient fastidieuses. Et, puisqu'il avait été en place et mêlé aux affaires, on ne croyait pas facilement qu'il fût honnête, tandis que Joseph Lacrisse brillait d'innocence.
Lacrisse était jeune, agile, d'aspect militaire. Raimondin était petit, gros, à lunettes. Cela fut remarqué en un moment où le nationalisme avait soufflé dans les élections municipales le genre d'enthousiasme et même de poésie qui lui est propre, et un idéal de beauté sensible au petit commerce.
Joseph Lacrisse ignorait absolument toutes les questions d'édilité et jusqu'aux attributions des Conseils municipaux. Cette ignorance le servait. Son éloquence en était tout affranchie et soulevée. Anselme Raimondin, au contraire, se perdait dans les détails. Il avait pris le pli des affaires, l'habitude de la discussion technique, le goût des chiffres, la manie du dossier. Et, bien qu'il connût son public, il se faisait quelque illusion sur l'intelligence des électeurs qui l'avaient nommé. Il leur gardait un peu de respect, n'osait risquer des bourdes trop grosses et entrait dans des explications. Aussi semblait-il froid, obscur, ennui.