Crainquebille, dont l'arrestation fut maintenue, passa la nuit au violon et fut transféré, le matin, dans le panier à salade, au dépôt.
La prison ne lui parut ni douloureuse, ni humiliante. Elle lui parut nécessaire. Ce qui le frappa en y entrant, ce fut la propreté des murs et du carrelage. Il dit:
—Pour un endroit propre, c'est un endroit propre. Vrai de vrai! On mangerait par terre.
Laissé seul, il voulut tirer son escabeau; mais il s'aperçut qu'il était enchaîné au mur. Il en exprima tout haut sa surprise:
—Quelle drôle d'idée! Voilà une chose que j'aurais pas inventée, pour sûr.
S'étant assis, il tourna ses pouces et demeura dans l'étonnement. Le silence et la solitude l'accablaient. Il s'ennuyait et il pensait avec inquiétude à sa voiture mise en fourrière encore toute chargée de choux, de carottes, de céleri, de mâche et de pissenlit. Et il se demandait anxieux:
—Où qu'ils m'ont étouffé ma voiture?
Le troisième jour, il reçut la visite de son avocat, Me Lemerle, un des plus jeunes membres du barreau de Paris, président d'une des sections de la «Ligue de la Patrie française».
Crainquebille essaya de lui conter son affaire, ce qui ne lui était pas facile, car il n'avait pas l'habitude de la parole. Peut-être s'en serait-il tiré pourtant, avec un peu d'aide. Mais son avocat secouait la tête d'un air méfiant à tout ce qu'il disait, et, feuilletant des papiers, murmurait:
—Hum! Hum! je ne vois rien de tout cela au dossier…