Un souffle léger passe dans l'air et Catherine frissonne. C'est le soir qui vient.
"J'ai faim", dit le petit Jean.
Il est juste qu'un conducteur de chevaux mange quand il a faim. Mais
Catherine n'a pas un morceau de pain pour donner à son petit frère.
Elle lui dit:
"Mon petit frère, retournons à la maison." Et ils songent tous deux à la soupe aux choux qui fume dans la marmite pendue à la crémaillère, au milieu de la grande cheminée. Catherine amasse ses fleurs sur son bras et, prenant son petit frère par la main, le conduit vers la maison.
Le soleil descendait lentement à l'horizon rougi. Les hirondelles, dans leur vol, effleuraient les enfants de leurs ailes immobiles. Le soir était venu. Catherine et Jean se pressèrent l'un contre l'autre.
Catherine laissait tomber une à une ses fleurs sur la route. Ils entendaient, dans le grand silence, la crécelle infatigable du grillon. Ils avaient peur tous deux et ils étaient tristes, parce que la tristesse du soir pénétrait leurs petites âmes. Ce qui les entourait leur était familier, mais ils ne reconnaissent plus ce qu'ils connaissaient le mieux.
Il semblait tout à coup que la terre fut trop grande et trop vieille pour eux. Ils étaient las et ils craignaient de ne jamais arriver dans la maison où leur mère faisait la soupe pour toute la famille. Le petit Jean n'agitait plus son fouet. Catherine laissa glisser de sa main fatiguée sa dernière fleur. Elle tirait son petit frère par le bras et tous deux se taisaient.
Enfin, ils virent de loin le toit de leur maison qui fumait dans le ciel assombri. Alors, ils s'arrêtèrent, et tous deux, frappant des mains, poussèrent des cris de joie. Catherine embrassa son petit frère, puis, ils se mirent ensemble à courir de toute la force de leurs pieds fatigués. Quand ils entrèrent dans le village, des femmes qui revenaient des champs leur donnèrent le bonsoir. Ils respirèrent. La mère était sur le seuil, en bonnet blanc, l'écumoire à la main.
"Allons, les petits, allons donc!" cria-t-elle. Et ils se jetèrent dans ses bras. En entrant dans la salle où fumait la soupe aux choux, Catherine frissonna de nouveau. Elle avait vu la nuit descendre sur la terre. Jean, assis sur la bancelle, le menton à la hauteur de la table, mangeait déjà sa soupe.