Onésime, relevé de ses fonctions commerciales, s'attacha uniquement aux intérêts publics et fonda la société secrète Truelle et Niveau, qui inquiéta par d'incessantes attaques et mit trois fois en péril le gouvernement de Juillet.
LIVRE DEUXIÈME
NOTES ÉCRITES PAR PIERRE NOZIÈRE EN MARGE DE SON GROS PLUTARQUE.
Je feuilletais dernièrement le Mérite des Femmes, dans un joli exemplaire relié en maroquin cerise et doré sur tranches, qu'on a trouvé, après la mort de ma grand'mère, dans le secrétaire où cette excellente femme gardait ses plus chers souvenirs.
La tranche est usée aux beaux endroits, et il y a des fleurs séchées entre des feuillets. Il est certain que ma grand'mère, du temps qu'elle était jeune, lisait ce poème avec attendrissement. Elle y voyait ce que je n'y vois pas. C'était pour elle la source vive et l'haleine embaumée. Il serait absurde de lui donner tort. La gracieuse créature savait ce qu'elle lisait. Elle était jeune, et le livre était frais.
Bien qu'il écrivît l'oeil fixé sur la postérité (il l'a dit lui-même, et c'est l'attitude qu'il garde en son portrait), Gabriel Legouvé avait sans doute composé son poème pour ma grand'mère, qui était en 1801 une belle enfant vêtue d'un fourreau de mousseline blanche, plutôt que pour vous et moi qui n'étions pas nés. C'est pourquoi je suis tenté de croire que le Mérite des Femmes était un poème excellent et qui s'est gâté depuis. Autrement, je ne m'expliquerais pas que ma grand'mère y eût fait sécher des fleurs.
Il est vrai que je ne sais pas au juste à quoi elle pensait en lisant le Mérite des Femmes. Elle ne pensait peut-être pas à ce qu'elle lisait. Elle avait peut-être plus à dire à son petit livre que son petit livre n'avait à lui dire. Mais les poètes sont coutumiers de pareilles confidences; nous ne les aimerions pas tant s'ils n'étaient pas faits pour nous écouter plus encore que pour nous parler. Ils sont des confidents quand ils ne sont pas des entremetteurs.
Ce qu'il y a de vraiment aimable dans le Mérite des Femmes, ce sont les fleurs qu'y mit ma grand'mère.
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La raison, la superbe raison est capricieuse et cruelle. La sainte ingénuité de l'instinct ne trompe jamais. Dans l'instinct est la seule vérité, l'unique certitude que l'humanité puisse jamais saisir en cette vie illusoire, où les trois quarts de nos maux viennent de la pensée.