Les arcades inférieures de la basilique étaient ouvertes et servaient de boutiques à des marchands de fruits, de légumes, d'huile, de vin et de friture, à des oiseleurs, des bijoutiers, des libraires et des barbiers. Des changeurs s'y tenaient assis derrière de petites tables couvertes de pièces d'or et d'argent. Et du creux sombre de ces échoppes sortaient des cris, des rires, des appels, des bruits de querelles et des odeurs fortes. Sur les degrés de marbre, partout où l'ombre bleuissait les dalles, des oisifs jouaient aux dés ou aux osselets, des plaideurs se promenaient de long en large avec un air anxieux, des matelots cherchaient gravement les plaisirs auxquels ils dussent consacrer leur argent et des curieux lisaient des nouvelles de Rome rédigées par des Grecs futiles. A cette foule de Corinthiens et d'étrangers se montraient avec obstination des mendiants aveugles, de jeunes garçons épilés et fardés, des marchands d'allumettes et des marins estropiés portant pendu à leur cou le tableau de leur naufrage. Du toit de la basilique les colombes descendaient en troupes sur les grands espaces vides, recouverts de soleil, et becquetaient des graines dans les fentes des dalles chaudes.
Une fille de douze ans, brune et veloutée comme une violette de Zanthe, posa par terre son petit frère qui ne savait pas encore marcher, mit près de lui une écuelle ébréchée, pleine de bouillie avec une cuiller de bois, et lui dit:
—Mange, Comatas, mange et tais-toi, de peur du cheval rouge.
Puis elle courut, une obole à la main, vers le marchand de poissons qui dressait derrière des corbeilles tapissées d'herbes marines sa face ridée et sa poitrine nue, couleur de safran.
Cependant une colombe, voletant au-dessus du petit Comatas, emmêla ses pattes dans les cheveux de l'enfant. Et pleurant et appelant sa soeur à son aide, il criait d'une voix étouffée par les sanglots:
—Ioessa! Ioessa!
Mais Ioessa ne l'entendait pas. Elle cherchait dans les corbeilles du vieillard, parmi les poissons et les coquillages, de quoi charmer la sécheresse de son pain. Elle ne prit ni une grive de mer, ni une smaride, dont la chair est délicate, mais qui valent beaucoup d'argent. Elle emporta, dans le creux de sa robe retroussée, trois poignées d'oursins et d'épines de mer.
Et le petit Comatas, la bouche grande ouverte et buvant ses larmes, ne cessait d'appeler:
—Ioessa! Ioessa!
L'oiseau de Vénus n'enleva pas, à l'exemple de l'aigle de Jupiter, le petit Comatas dans le ciel radieux. Il le laissa à terre, emportant dans son vol, entre ses pattes roses, trois fils d'or d'une chevelure emmêlée.