—Par Castor, j'ai vu aujourd'hui un beau cheval. C'est celui de Démophon. Il a la tête sèche, peu de ganache et les bras gros. Il porte le col haut et fier, comme un coq.
Mais le jeune Chéréas secoua la tête:
—Ce n'est pas un aussi bon cheval que tu dis, Aristobule. Il a l'ongle mince. Les paturons portent à terre et l'animal sera bientôt estropié.
Ils continuaient leur dispute quand Drosé poussa un cri perçant:
—Hai! j'ai failli avaler une arête plus longue et plus acérée qu'un stylet. Par bonheur, j'ai pu la tirer à temps de mon gosier. Les dieux m'aiment!
—Ne dis-tu pas, ma Drosé, que les dieux t'aiment? demanda Nicias en souriant. C'est donc qu'ils partagent l'infirmité des hommes. L'amour suppose chez celui qui l'éprouve le sentiment d'une intime misère. C'est par lui que se trahit la faiblesse des êtres. L'amour qu'ils ressentent pour Drosé est une grande preuve de l'imperfection des dieux.
A ces mots, Drosé se mit dans une grande colère:
—Nicias, ce que tu dis là est inepte et ne répond à rien. C'est, d'ailleurs, ton caractère de ne point comprendre ce qu'on dit et de répondre des paroles dépourvues de sens.
Nicias souriait encore:
—Parle, parle, ma Drosé. Quoi que tu dises, il faut te rendre grâce chaque fois que tu ouvres la bouche. Tes dents sont si belles!