—Ma fille, lui dit-elle, va porter à Thaïs ce qui lui est nécessaire: du pain, de l'eau et une flûte à trois trous.
III
L'EUPHORBE
Paphnuce était de retour au saint désert. Il avait pris, vers Athribis, le bateau qui remontait le Nil pour porter des vivres au monastère de l'abbé Sérapion. Quand il débarqua, ses disciples s'avancèrent au-devant, de lui avec de grandes démonstrations de joie. Les uns levaient les bras au ciel; les autres, prosternés à terre, baisaient les sandales de l'abbé. Car ils savaient déjà ce que le saint avait accompli dans Alexandrie. C'est ainsi que les moines recevaient ordinairement, par des voies inconnues et rapides, les avis intéressant la sûreté et la gloire de l'Église. Les nouvelles couraient dans le désert avec la rapidité du simoun.
Et tandis que Paphnuce s'enfonçait dans les sables, ses disciples le suivaient en louant le Seigneur. Flavien, qui était l'ancien de ses frères, saisi tout à coup d'un pieux délire, se mit à chanter un cantique inspiré:
—Jour béni! Voici que notre père nous est rendu!
» Il nous revient, chargé de nouveaux mérites dont le prix nous sera
compté!
» Car les vertus du père sont la richesse des enfants et la sainteté
de l'abbé embaume toutes les cellules.
» Paphnuce, notre père, vient de donner à Jésus-Christ une nouvelle
épouse.
» Il a changé par son art merveilleux une brebis noire en brebis
blanche.