—Ami, je ne puis me lever: un homme est couché sur moi.

Tout à coup, Paphnuce s'aperçut que sa joue reposait sur le sein d'une femme. Il reconnut la joueuse de cinnor qui, dégagée à demi, soulevait sa poitrine. Alors il étreignit désespérément cette fleur de chair tiède et parfumée et, consumé du désir de la damnation, il cria:

—Reste, reste, mon ciel!

Mais elle était déjà debout, sur le seuil. Elle riait, et les rayons de la lune argentaient son sourire.

—A quoi bon rester? disait-elle. L'ombre d'une ombre suffit à un amoureux doué d'une si vive imagination. D'ailleurs, tu as péché. Que te faut-il de plus? Adieu! mon amant m'appelle.

Paphnuce pleura dans la nuit et, quand vint l'aube, il exhala une prière plus douce qu'une plainte:

—Jésus, mon Jésus, pourquoi m'abandonnes-tu? Tu vois le danger où je suis. Viens me secourir, doux Sauveur. Puisque ton père ne m'aime plus, puisqu'il ne m'écoute pas, songe que je n'ai que toi. De lui à moi, rien n'est possible; je ne puis le comprendre, et il ne peut me plaindre. Mais toi, tu es né d'une femme et c'est pourquoi j'espère en toi. Souviens-toi que tu as été homme. Je t'implore, non parce que tu es Dieu de Dieu, lumière de lumière, Dieu vrai du Dieu vrai, mais parce que tu vécus pauvre et faible, sur cette terre où je souffre, parce que Satan voulut tenter ta chair, parce que la sueur de l'agonie glaça ton front. C'est ton humanité que je prie, mon Jésus, mon frère Jésus!

Après qu'il eut prié ainsi, en se tordant les mains, un formidable éclat de rire ébranla les murs du tombeau, et la voix qui avait résonné sur le faîte de la colonne dit en ricanant:

—Voilà une oraison digne du bréviaire de Marcus l'hérétique. Paphnuce est arien! Paphnuce est arien!

Comme frappé de la foudre le moine tomba inanimé.