Aux jeunes hommes:

—Soyez joyeux; laissez la tristesse aux heureux de ce monde.

C'est ainsi que, parcourant le front de son armée filiale, il semait les exhortations. Paphnuce, le voyant approcher, tomba à genoux, déchiré entre la crainte et l'espérance.

—Mon père, mon père, cria-t-il dans son angoisse, mon père! viens à mon secours, car je péris. J'ai donné à Dieu l'âme de Thaïs, j'ai habité le faîte d'une colonne et la chambre d'un sépulcre. Mon front, sans cesse prosterné, est devenu calleux comme le genou d'un chameau. Et pourtant Dieu s'est retiré de moi. Bénis-moi, mon père, et je serai sauvé; secoue l'hysope et je serai lavé et je brillerai comme la neige.

Antoine ne répondait point. Il promenait sur ceux d'Antinoé ce regard dont nul ne pouvait soutenir l'éclat. Ayant arrêté sa vue sur Paul, qu'on nommait le Simple, il le considéra longtemps puis il lui fit signe d'approcher. Comme ils s'étonnaient tous que le saint s'adressât à un homme privé de sens, Antoine dit:

—Dieu a accordé à celui-ci plus de grâces qu'à aucun de vous. Lève les yeux, mon fils Paul, et dis ce que tu vois dans le ciel.

Paul le Simple leva les yeux; son visage resplendit et sa langue se délia.

—Je vois dans le ciel, dit-il, un lit orné de tentures de pourpre et d'or. Autour, trois vierges font une garde vigilante afin qu'aucune âme n'en approche, sinon l'élue à qui le lit est destiné.

Croyant que ce lit était le symbole de sa glorification, Paphnuce rendait déjà grâces à Dieu. Mais Antoine lui fit signe de se taire et d'écouter le Simple qui murmurait dans l'extase:

—Les trois vierges me parlent; elles me disent: «Une sainte est près de quitter la terre; Thaïs d'Alexandrie va mourir. Et nous avons dressé le lit de sa gloire, car nous sommes ses vertus: la Foi, la Crainte et l'Amour.»