Le jeune duc d'Alençon chevauchait, sans plus. Ici encore les vrais faiseurs de la guerre et pourvoyeurs du siège étaient les bourgeois d'Orléans. Les procureurs de la ville avaient fait conduire par eau, à Meung et à Beaugency, les engins nécessaires, échelles, pics, pioches, et ces grands pavas dont les assiégeants se couvraient comme la tortue de son écaille. Ils avaient envoyé leurs canons et leurs bombardes. Le joyeux canonnier maître Jean de Montesclère était là[1195]. Ils faisaient parvenir aux gens du roi des vivres qu'ils adressaient expressément à la Pucelle. Le procureur Jean Boillève vint apporter dans un chaland des pains et du vin[1196]. Toute la journée du vendredi 17, les bombardes et les canons jetèrent des pierres sur les assiégés. L'attaque se poursuivait en même temps du côté de la vallée et, par le moyen des chalands, du côté de la rivière. Ce 17 juin, à minuit, sir Richard Guethin, bailli d'Évreux, qui commandait la garnison, offrit de capituler. Il fut accordé que les Anglais rendraient le château et le pont et qu'ils s'en iraient le lendemain, emmenant chevaux et harnais avec chacun son bien valant au plus un marc d'argent. Ils étaient requis en outre de jurer ne point reprendre les armes avant dix jours. À ces conditions, le lendemain, au soleil levant, ils passèrent, au nombre de cinq cents, sur le pont levis et se retirèrent à Meung dont le château, mais non le pont, était resté aux Anglais[1197]. Prudemment, le connétable envoya quelques hommes renforcer la garnison du pont de Meung[1198]. Sir Richard Guethin et le capitaine Math Gouth furent retenus comme otages[1199].
La garnison de Beaugency s'était trop pressée de se rendre. À peine était-elle partie, qu'un homme d'armes de la compagnie du capitaine La Hire vint dire au duc d'Alençon:
—Les Anglais marchent sur nous. Nous allons les avoir en face. Ils sont bien là-bas mille hommes d'armes.
Jeanne, l'entendant parler sans saisir ses paroles, demanda:
—Que dit cet homme d'armes?
Et quand elle le sut, se tournant vers Arthur de Bretagne, qui était près d'elle:
—Ah! beau connétable, vous n'êtes pas venu de par moi; mais puisque vous êtes venu, vous serez le bien venu[1200].
Ce que les Français avaient devant eux, c'était sir John Talbot et sir John Falstolf avec toute l'armée anglaise.
CHAPITRE XVI
LA BATAILLE DE PATAY. — L'OPINION DES CLERCS D'ITALIE ET D'ALLEMAGNE. — L'ARMÉE DE GIEN.
Sir John Falstolf, ayant quitté Paris le 9 juin, s'achemina par la Beauce, avec cinq mille combattants. Il amenait abondance de vivres et de traits aux Anglais de Jargeau. Apprenant en route que la ville s'était rendue, il laissa ses bagages à Étampes et se porta sur Janville où sir John Talbot vint le rejoindre avec quarante lances et deux cents archers[1201].