Les prophéties de la Pucelle se répandirent en un moment dans toute la chrétienté[1485]. Un clerc de Spire composa sur elle un traité intitulé Sibylla Francica, et divisé en deux rôles. Le premier rôle fut rédigé, au plus tard, dans le mois de juillet de l'année 1429. Le second est daté du 17 septembre de la même année. Ce clerc croit que la Pucelle exerçait la divination par l'astrologie. Il avait ouï dire à un religieux français, de l'ordre des Prémontrés, que Jeanne se plaisait, la nuit, à observer le ciel. Il remarque qu'elle ne prophétisa jamais que sur le royaume de France et il donne comme sortie de la bouche de la Pucelle la vaticination que voici: «Après avoir accompli vingt années de royauté, le dauphin dormira avec ses pères. Après lui, son fils aîné, maintenant enfant de six ans, régnera avec plus grande gloire, honneur et puissance royale qu'aucun des rois de France depuis Charlemagne[1486].»
La Pucelle avait le don de voir certaines choses qui s'accomplissaient loin d'elle.
Elle sut, à Vaucouleurs, le jour même de la bataille des Harengs, qu'un grand meschef advenait au dauphin[1487].
Un jour qu'elle mangeait assise auprès du roi, elle se mit à rire à la dérobée. Le roi, s'en avisant, lui demanda:
—Bien-aimée, pourquoi riez-vous de si grand cœur?
Elle répondit qu'elle le lui dirait après le repas.
Et quand on apporta l'aiguière:
—Sire, fit-elle, en ce jour, cinq cents Anglais sont noyés en la mer, qui voulaient passer par delà, en votre terre, pour vous porter dommage. Voilà pourquoi j'ai ri. Dans trois jours, il vous viendra nouvelles certaines que c'est vérité.
Et il en fut ainsi[1488].
Une autre fois, comme elle était dans une ville éloignée de plusieurs lieues du château où se tenait le roi, faisant sa prière avant de s'endormir, elle apprit par révélation que des ennemis du roi le voulaient empoisonner à son dîner. Aussitôt elle appela ses frères et les dépêcha au roi pour l'aviser de ne prendre aucune nourriture avant sa venue.