L'après-dînée, eut lieu, dans la prison[779], le dernier interrogatoire. Elle en avait subi quinze en vingt-cinq jours; elle répondit d'un même courage. Plus encore qu'à l'ordinaire les sujets furent divers et mêlés. D'abord, l'interrogateur s'efforça en vain de surprendre les charmes et les maléfices qui avaient rendu heureux et victorieux l'étendard peint de figures d'anges. Il voulut savoir ensuite pourquoi les clercs mettaient sur les lettres de Jeanne les saints noms de Jésus et de Marie[780].
Puis cette question insidieuse:
—Croyez-vous que, si vous étiez mariée, vos Voix vous viendraient?
Comme elle était d'une chasteté passionnée, comme on pouvait comprendre, à certains de ses propos, qu'elle tenait sa virginité pour un porte-bonheur, on était curieux de savoir si, convenablement sollicitée, elle ne traiterait pas avec mépris l'état de mariage, et ne condamnerait pas l'œuvre de chair entre époux, en quoi elle eût gravement erré et glissé dans l'hérésie des Cathares[781].
Elle répondit:
—Je ne sais et m'en attends à Notre-Seigneur[782].
Autre question bien plus dangereuse pour elle, qui aimait son roi de tout son cœur:
—Pensez-vous et croyez-vous fermement que votre roi fit bien de tuer ou faire tuer monseigneur de Bourgogne?
—Ce fut grand dommage pour le royaume de France[783].
L'interrogateur lui posa cette question solennelle: