À Bourges, les étuves étaient dans le quartier d'Auron, au bas de la ville, près de la rivière[216]. Jeanne pratiquait une exacte dévotion, mais elle n'était pas soumise aux règles de la vie conventuelle; elle pouvait bien se baigner, comme la chaste Suzanne; et elle devait en avoir grand besoin après avoir couché à la paillade[217]. Ce qui est plus singulier, c'est que demoiselle Marguerite La Touroulde jugea, pour l'avoir vue au bain, que Jeanne, selon toute apparence, était vierge[218].
Dans l'hôtel de messire Régnier de Bouligny, ainsi que partout où elle logeait, elle menait une vie de béguine, sans austérités excessives. Elle se confessait très souvent. Maintes fois, elle demanda à son hôtesse de l'accompagner à Matines. Les Matines se chantaient tous les jours à la cathédrale et dans les collégiales, entre quatre et six heures du soir, au moment où le soleil descendait à l'horizon. Demoiselle La Touroulde l'y mena plusieurs fois. Fréquemment elles causaient toutes deux ensemble; la femme du général des finances la trouvait bien simple et bien ignorante. Elle s'apercevait avec surprise que cette jeune fille ne savait absolument rien[219].
Jeanne lui conta, entre autres choses, sa visite au vieux duc de Lorraine, et comment elle l'avait repris sur sa mauvaise conduite; elle parla aussi des examens que lui avaient fait subir les maîtres de Poitiers[220]. Elle était persuadée que ces clercs l'avaient interrogée avec une extrême sévérité et croyait de bonne foi qu'elle avait triomphé de leur mauvais vouloir. Hélas! elle devait connaître avant peu des clercs moins accommodants.
Demoiselle Marguerite lui dit un jour:
—Si vous ne craignez point d'aller aux assauts, c'est que vous savez bien que vous ne serez point tuée.
À quoi Jeanne répondit:
—Je n'en suis pas plus sûre que les autres gens de guerre.
Fréquemment des femmes venaient à l'hôtel de Bouligny, apportant des patenôtres et de menus objets de piété pour les faire toucher par la Pucelle.
Et Jeanne disait, en riant, à son hôtesse:
—Touchez-les vous-même. Ils seront aussi bons par votre toucher que par le mien[221].