—Taisez-vous, il ne tiendra qu'à vous qu'ils ne soient déconfits. Ne pensez que de férir sur eux.
Et elle disait ce qu'elle disait toujours:
—Allez en avant! ils sont à nous[403]!
Ses gens prirent la bride de son cheval et la firent retourner de force du côté de la ville. Il était trop tard; on ne pouvait plus entrer dans le boulevard qui commandait le pont: les Anglais occupaient la tête de la chaussée. La Pucelle, avec sa petite troupe fidèle fut encognée dans l'angle que formaient le flanc du boulevard et le remblai de la route, par des gens de Picardie qui, frappant, écartant ceux qui la protégeaient, l'atteignirent[404]. Un archer la tira de côté par sa huque de drap d'or et la fit choir à terre. Tous, ils l'entouraient et lui criaient ensemble:
—Rendez-vous!
Pressée de donner sa foi, elle répondit:
—J'ai juré et baillé ma foi à autre que vous et je lui en tiendrai mon serment[405].
Un de ceux qui la lui demandaient affirma qu'il était noble homme. Elle se rendit à lui.
C'était un des archers attachés à la lance du bâtard de Wandomme; il se nommait Lyonnel. Voyant sa fortune faite, il se montrait plus joyeux que s'il avait pris un roi[406].
En même temps que la Pucelle, furent pris Pierre d'Arc, son frère; Jean d'Aulon, son intendant, et le frère de Jean d'Aulon, Poton, qu'on surnommait le Bourguignon[407]. À l'estimation des Bourguignons, les Français perdirent dans cette affaire quatre cents combattants, tués ou noyés[408]; mais, au dire des Français, la plupart des gens de pied furent recueillis dans les bateaux amarrés au bord de l'Oise[409].