«Ne pas boire de vin d'ici Pâques». Employait-elle de la sorte, sans y prendre garde, une locution en usage dans le pays de ce joli vin qui a des teintes de rose desséchée, de ce vin «gris» dont deux doigts avec un morceau de pain faisaient le repas des femmes de Domremy[652]? Ou bien avait-elle pris cette façon de dire aux gens d'armes de sa compagnie, avec les bonnes buffes et les bons torchons? Hélas! quel hypocras devait-elle boire pendant les cinq semaines qui restaient à courir avant Pâques? Elle employait là une expression toute faite, comme il lui arrivait souvent, et n'y attribuait aucun sens précis, à moins qu'à l'idée de vin ne se mêlât plus ou moins confusément dans son esprit une pensée cordiale, un espoir de voir, une fois délivrée, les seigneurs de France emplir leur tasse en l'honneur d'elle.
Maître Jean Beaupère lui demanda si, avec les Voix, elle voyait quelque chose.
Elle répondit:
—Je ne vous dirai pas tout. Je n'en ai pas congé... La Voix est bonne et digne... De cela je ne suis pas tenue de répondre.
Et elle pria qu'on lui donnât par écrit les points sur lesquels elle ne répondait pas tout de suite[653].
Quel usage pensait-elle faire de cet écrit? Elle ne savait pas lire; elle n'avait pas d'avocat. Voulait-elle montrer la cédule à quelque faux ami qui la trompait, comme Loiseleur? Ou pensait-elle la mettre sous les yeux de ses saintes?
Maître Beaupère demanda si la Voix avait un visage et des yeux.
Elle refusa de le dire et cita un dicton en usage chez les enfants: «Souvent on est pendu pour avoir dit la vérité[654].»
Maître Beaupère demanda:
—Savez-vous si vous êtes en la grâce de Dieu?