—Dure-t-il encore?

—Il est bon à savoir qu'il dure, et durera jusques à mille ans, et outre. Il est au trésor du roi.

—Est-ce or, argent ou pierre précieuse, ou couronne?

—Je ne vous en dirai autre chose; et ne saurait homme deviser d'aussi riche chose comme est le signe. Et toutefois le signe qu'il vous faut, à vous, c'est que Dieu me délivre de vos mains, et est le plus certain qu'il vous sache envoyer....

—Quand le signe vint à votre roi, quelle révérence y fîtes-vous?

—Je remerciai Notre-Seigneur de ce qu'il me délivrait de la peine des clercs de par delà, qui arguaient contre moi. Et je m'agenouillai plusieurs fois. Un ange, de par Dieu et non de par autre, bailla le signe à mon roi. Et j'en remerciai moult de fois Notre-Seigneur. Les clercs cessèrent de m'arguer, quand ils eurent su ledit signe[730].

—Est-ce que les gens d'Église de par delà virent le signe?

—Quand mon roi et ceux qui étaient avec lui eurent vu le signe et même l'ange qui le bailla, je demandai à mon roi s'il était content, et il répondit qu'oui. Alors je partis et m'en allai à une petite chapelle assez près, et j'ouïs dire alors qu'après mon départ plus de trois cents personnes virent le signe. Pour l'amour de moi et pour qu'on cessât de m'interroger, Dieu voulut permettre de voir le signe à tous ceux de mon parti qui le virent.

—Votre roi et vous, fîtes-vous point de révérence à l'ange quand il apporta le signe?

—Oui, pour ce qui est de moi. Je m'agenouillai et ôtai mon chaperon[731].