La soute aux poudres est ouverte, l'enseigne Bisson y lance un brandon enflammé.
»—Adieu, Trémintin!
»—Au revoir là-haut, lieutenant!»
Un peu de fumée blanche, un fracas formidable, et voilà tout le monde en l'air. Trémintin cependant a eu le temps de faire le signe de la croix et de se recommander à Notre-Dame. Et maintenant, en route pour le Paradis!…
Mais le Paradis ne veut pas encore de lui. Après une tournée dans les nuages, il se réveille au fond de la mer. L'eau salée, ça le connaît; il y est chez lui: un bon coup de jarret le ramène à la surface. Il s'ébroue, respire longuement, lève les yeux vers le ciel nocturne, piqué d'étoiles et, là-bas, devant lui, debout sur les vagues encore agitées par l'explosion, il voit se dessiner une svelte image de femme qu'à son accoutrement il reconnaît pour la Vierge de Roscoff. Elle sourit, incline la tête, semble lui crier: «Courage, Trémintin! Tu reverras ton pays de Bretagne, et la flèche du Kreisker, et ta maison de l'Ile de Batz». L'apparition s'évanouit; mais, au même instant, il se sent la figure frôlée par un cordage: c'est un bout de filin qui traîne à l'arrière d'une yole turque, fuyant à force de rames; il s'y cramponne des deux mains et se fait remorquer ainsi jusqu'à terre. Il était sauvé.
Le narrateur ajouta:
—Jusqu'à la fin de ses jours, mon grand-oncle fut dévot à la Vierge. «Sans elle, aimait-il à répéter, les crabes de la Méditerranée auraient depuis longtemps nettoyé mes os.»
Gravement, les autres conclurent:
—C'est une grande sainte. S'ils ne l'avaient pas, les marins seraient comme des enfants sans mère.
On but, à la ronde, à la mémoire de Trémintin, et les anecdotes se succédèrent sur le compte de l'humble héros. Les moindres épisodes de sa vie furent relatés. L'histoire de son voyage à la cour est inédite.