J’arrivai ainsi jusque sur le balcon.
La clarté naissante de la lune étincelait à la surface des eaux en un frisson d’écailles d’argent. Dans l’est, la barque des Guichaoua était encore à portée. L’homme de barre avisa mon ombre qui formait écran sur la flamme. A tout hasard il cria :
— Ohé, Louarn !… Adieu-vat !
Je lui rétorquai :
— Ohé, la Notre-Dame de Bon-Voyage ! Adieu-vat !
Depuis, mon ingénieur, je n’ai plus échangé une parole avec âme qui vive, sauf dans la circonstance relatée ci-dessus, le jour où le Baliseur faillit me rendre visite…
D’en bas, cependant, des appels d’une autre sorte commençaient à monter. Ceux-là, je ne leur répondis qu’en lançant à la mer la clef de la chambre d’où ils partaient… Un « plouf » à peine perceptible, quelques cercles d’onde… Ce fut fini.
Il était exactement, au chronomètre, neuf heures douze minutes et trente secondes, mon ingénieur.
Et maintenant, que vous dirai-je de plus ?
Je vous ai demandé pardon, au début de ces pages, pour toutes les infractions au règlement qu’elles allaient vous révéler. Il ne me reste à vous remercier de m’avoir fourni l’occasion de les écrire. Elles ont été mon viatique durant cette épouvantable agonie de treize jours et quatorze nuits. Grâce à elles, j’ai pu persévérer jusqu’au bout dans ma douloureuse tâche de gardien du feu et de geôlier de la mort.