Non que j’attendisse Adèle Lézurec par cette voie. En priant le père Lozac’h de prendre ma femme à son bord, à supposer que je n’eusse pas essuyé un refus, j’aurais engagé la responsabilité de ce brave homme, compromis peut-être sa situation : je n’avais pas voulu qu’un tel remords troublât mes derniers instants… D’ailleurs puisque je faisais tant que d’exaucer le vœu de la romanesque Trégorroise, c’était le moins que je suivisse le plus fidèlement possible le programme qu’elle-même, jadis, avait tracé : « Je m’embarquerais, le soir, sur un des bateaux qui vont à l’île… J’accosterais à la nuit tombante… Et ce serait une escapade, une aventure d’amour, comme dans les livres !… »

— Tâche que tout s’accomplisse selon le rite prescrit, avais-je instamment recommandé à Louarn, quinze jours auparavant, lors de son départ pour la « grande terre ».

Il m’avait répondu :

— Tu peux t’en fier à moi !… Au besoin, nous lui fréterons une chaloupe amirale, à ta princesse !…

Je ne le savais que trop, que je pouvais m’en rapporter à lui, et que son zèle, en la circonstance, égalerait pour le moins son ingéniosité !… Mais le moyen de me sentir pleinement rassuré, tant qu’il ne serait pas de retour, tant qu’il ne m’aurait pas dit, là, de bouche à oreille :

— C’est fait ! C’est entendu !… Elle vient !

Jamais encore, — non, pas même au temps où je me mourais du désir d’Adèle, — jamais je n’avais guetté d’une âme si fervente l’apparition du cotre administratif. Ses cordages n’étaient certainement pas plus tendus que mes nerfs, quand, après avoir doublé les récifs de la Pointe, il laissa porter grand largue sur Gorlébella… Je me précipitai pour aider Louarn à grimper sur la roche.

— Eh bien ?… fis-je, la gorge serrée, la voix rauque.

Il prit une mine déconfite :

— Pas de chance, mon cher !… C’est raté !