—Parfait, Désiré! Je n’aurai pas à vous relancer à domicile. Vous prenez la mer, ce soir, n’est-ce pas?
—Au jusant de six heures, oui, mon petit... Vêpres dites, la fête est close. Je finirai mes dévotions dans les parages des îles, en relevant mes casiers... C’est-il que tu veux être déposé à la Pointe de Louannec?
—Précisément. Vous m’épargnerez la moitié du chemin.
—Tope là. Je t’embarque.
Ma mère, dès qu’il se fut éloigné, se plaignit de ce que je voulusse la quitter si vite. Je dus essuyer une douce gronderie. N’y avait-il donc plus de voitures à Perros?... Que ne l’avais-je laissée faire!... Elle eût prié Jouan Meur, le boulanger, de me reconduire en char à bancs, et j’aurais toujours été assez tôt de repartir à nuit pleine, après avoir dîné avec elle, chez nous, en tête à tête... Drôle d’idée de m’en retourner en bateau! Et dans quel bateau, encore!
—Une «carque», tu sais, ce canot de Désiré!... De l’eau pourrie plein la cale et des entrailles de poisson traînant partout... Je ne te vois pas là dedans avec ton bel uniforme neuf!
Je m’attendais à l’objection.
—Aussi n’ai-je pas l’intention de le garder sur moi. Tu dois avoir, parmi les vêtements que tu as conservés de papa, quelque vieille défroque de loup de mer qui n’en est plus à craindre les taches. Une paire de bottes, une vareuse, un foulard, un suroît et des braies de toile goudronnée suffiront...
Elle m’aida elle-même à changer d’accoutrement. Dieu! qu’ils tremblaient d’émotion, ses pauvres doigts, en maniant ces frusques, une à une! C’était comme si elle eût remué autant de chers et douloureux souvenirs. Moi aussi, je sentis mes yeux se mouiller. Elle crut que je pensais, comme elle, au père mort.
—Toute sa ressemblance! soupira-t-elle. Il était ainsi, trait pour trait, le jour qu’il me vint demander en mariage.