—Dieu confonde leurs bourreaux!

Mais, le lieu funèbre franchi, il fut prompt à reprendre avec enjouement:

—Allons, mister Barthel! Hardi pour le Miserere!

Il l’entonna d’une voix de stentor. Répercutées par d’innombrables échos, les lugubres syllabes latines s’amplifiaient en se propageant. Ce n’était plus un chant humain, mais la plainte sauvage d’une horde de désespérés. Quelque répugnance que j’eusse à m’y prêter, les nécessités mêmes de la situation m’imposaient de jouer mon rôle dans cette farce sinistre: je fis donc chorus avec le principal acteur. J’y contractai un enrouement qui ne fut pas sans me servir, puisque, grâce à lui, je n’eus point à me préoccuper de déguiser ma voix: après une demi-heure de cet exercice, elle était devenue si âpre et si rauque, sur ma foi! que vous l’eussiez dite éraillée, corrodée par le gin, comme celle d’un forban...

—Attention! Nous arrivons à l’escalier, annonça tout à coup Treïd-Noaz, en poussant une grille énorme derrière laquelle allaient se perdre, par en haut, de larges degrés de granit brut, comme taillés à même dans le vif de la roche.

Nous en gravîmes une cinquantaine d’affilée. Nous avions atteint un palier monumental. Mon guide s’arrêta, déposa sa lanterne à ses pieds et se suspendit à une corde qui, par un trou de la voûte, descendait le long de la muraille. Le tintement sourd d’une cloche vibra dans le silence. Et, tout aussi vite, un pas scandé se fit entendre, suivi tôt après de l’apparition, sur les marches de l’escalier supérieur, d’un colosse qui s’avançait, une torche de résine au poing, semblable à quelque génie des demeures souterraines. C’était le maire de Tréguignec. Il demanda:

—C’est toi, Barthel?

J’assujettis solidement mon masque et affermis ma voix pour répondre:

—C’est moi, Gonéry.

Toute la reconnaissance, du reste, se borna là. Il n’y eut ni accolade, ni serrement de mains.