—Renée-Anne, dit-il, maintenant que l'âme de Constant Dagorn est en paix, je t’adjure de rompre ton veuvage. Demande à ceux qui sont ici présents: tu aurais tort de t’obstiner dans le deuil; il n’est pas bon que la place du maître demeure plus longtemps vacante à Guernaham.

La jeune femme articula d’une voix claire:

—Je n’attendais que ce moment pour vous faire connaître publiquement mon choix.

Elle plongea son verre dans une des jarres d’hydromel et, après l’avoir approché de ses lèvres, elle marcha devant elle, à travers la grange... Ils étaient tous là, les prétendants riches qui recherchaient sa main, et, parmi eux, Menguy lui-même, l’homme de la montagne, le fils aîné de Rozviliou. Elle ne fit mine de le voir, ni lui, ni les autres, alla droit vers le charrueur, debout à l’extrémité opposée, dans le groupe des domestiques. Il était blême; ses paupières battaient.

—Veux-tu boire après moi? prononça-t-elle en lui tendant le verre.

Il le saisit d’un geste convulsif, le vida d’un trait et, l’ayant retourné, en laissa tomber, comme par manière de libation, la dernière goutte sur le sol. Telles furent les fiançailles de Renée-Anne Guyomar et d’Emmanuel Prigent.

FIN

TABLE

[LE SANG DE LA SIRÈNE][1]
[FILLE DE FRAUDEURS][113]
[LES NOCES NOIRES DE GUERNAHAM][239]