Le capitaine s’interrompit pour leur crier:

—Il y a que c’est Pâques, tas de fainéants!

Puis il se remit à sonner de plus belle. Et c’était comme une averse de petites notes grêles et aiguës dont les vibrations allaient s’élargissant au loin dans le silence glacé des solitudes.

III

Moins d’une heure plus tard, tout était prêt pour l’office.

Sur le pont, lavé à grande eau, ne traînait plus un seul débris de poisson. Une de nos voiles de rechange, en forte toile grise, toute neuve, et qui voyait pour la première fois le jour des fiords, fut étalée sur la plate-forme du roufle en guise de nappe d’autel. Les garcettes à prendre des ris figuraient assez bien les franges. Nous plaçâmes dessus la Notre-Dame de Bonne-Nouvelle, en faïence coloriée, qui ornait la cabine du capitaine, et un vieux saint Yves en bois, taillé à coups de couteau, tout enfumé par un séjour de plusieurs années dans la chambre de l’équipage.

Un de nous—un nommé Garandel, du bourg de Trézény—se souvint fort à propos que sa mère ne manquait jamais de glisser dans le fond de son coffre, sous les hardes, un rameau de buis bénit, destiné à le préserver de tout malheur. Il l’alla quérir et le cloua, en arrière du roufle, au tronc du grand mât. C’était maigre comme verdure, ce pauvre brin de plante à demi desséchée, mais, tout de même cela vous égayait l’œil, vous faisait chaud à l’âme, suffisait à évoquer, dans le morne paysage polaire, toute la douceur du printemps breton. Nous nous sentîmes le cœur embaumé par ce buis.

—Avouez qu’elles ne sont pas si bêtes, les idées de ma brave femme de mère, disait Garandel.

Les préparatifs terminés, le capitaine enjoignit au mousse de se tenir à l’avant, près de la cloche:

—Tu sonneras, quand je te ferai signe, au moment du Sanctus.