Étendre la main, le toucher, je ne l’osais pas, de crainte de le sentir raidi, glacé peut-être... Oh! cette angoisse! cette oppression! je haussai la voix:
—Guillaume!... au nom de Dieu!
Un gémissement faible me répondit. Il vivait encore!... Je vis qu’il essayait de changer de côté; je me penchai à l’intérieur de la couchette pour lui venir en aide. Les vomissements avaient dû le reprendre, car, lorsque je me reculai, mes bras étaient couverts de sang et tout le matelas en était souillé... Hélas! mon pauvre frère n’était plus que l’ombre de lui-même. La mort le travaillait en dedans: une couple d’heures avaient suffi pour vider sinistrement ce corps jeune que j’avais connu si beau, si souple, et comme doré par les soleils des mers chaudes, avant les funestes jours d’Islande... Des flots de larmes me gonflèrent les paupières mais je les retenais de couler.
—Qu’est-ce qui pourrait te faire plaisir, Lommic? lui demandai-je, en lui donnant le diminutif tendre par lequel notre mère avait coutume de le désigner.
Ses yeux allèrent à la bouteille de tafia que le capitaine avait laissée sur la table. Je lui en versai quelques gouttes entre les lèvres. Il poussa un soupir de soulagement, et, m’attirant à lui:
—Sur le pont! balbutia-t-il... Je veux de l’air... j’étouffe ici.
Je ne fis qu’un saut à l’échelle et je criai par l’écoutille:
—Ohé! vous autres, un coup de main, s’il vous plaît!
Ils accoururent tous. J’expliquai la chose au capitaine.
—C’est bien, dit-il; ne le contrarions point. Il n’y a qu’à le hisser, matelas et tout. Avec ton assistance, je m’en charge.