Chapitre par chapitre, fut relatée la vie du mort. Et la conclusion unanime fut que, jusqu’à l’heure du jugement dernier, ni sur terre, ni sur mer, on ne rencontrerait probablement son pareil.

—Il était doué, dit Cloarec, le pilote, en manière de péroraison.

—Savoir ce qu’est devenu son livre? insinua quelqu’un.

Laouénan demanda un peu piqué:

—Quel livre?

—Eh! celui qui fut donné jadis à son grand-père, dans l’île du Château...

—Par la Fée des Vagues, n’est-ce pas? et qui contient le nom de chaque flot, avec la formule à réciter pour se le rendre propice?... Des bêtises, camarade! des cancans de ramasseuses de palourdes! Ce livre-là n’a jamais existé.

—Hum!... fit le marin en hochant la tête, il n’était pas comme tout le monde, ce Féchec, et il avait certainement des secrets pour enchanter les eaux... Rappelez-vous son naufrage d’il y a cinq ans, sur le Garrec-meur, un rocher qui couvre d’ordinaire à demi marée. Il y séjourna près de douze heures: un autre, à sa place, se fût noyé vingt fois; lui, quand on le retrouva, grignotait une croûte de pain et n’avait pas un fil de mouillé... N’a-t-il pas avoué lui-même qu’à mesure que la mer montait, la pierre s’exhaussait sous lui, comme une jument qui enfle sa croupe?... Vous vous en souvenez, voyons!

—C’est vrai, murmurèrent les veilleurs. Et comment expliquer cela?

Ils achevèrent leurs pipes en silence, le coude appuyé au genou, l’esprit absorbé en d’obscures et troublantes méditations, agitant à leur façon, dans leurs cerveaux de primitifs, l’insoluble problème des choses.