Bleiz-Ar-Yeun et son fils aîné quêtèrent dans toute la paroisse pour l’achat d’une tombe. Elle est au pied du calvaire; c’est une lourde dalle de schiste où un artiste local a sculpté d’un ciseau naïf et pieux deux arbres probablement symboliques: un chêne noueux, un minuscule saule. Plus bas se lit en lettres grossières cette inscription très courte, aussi simple que fut la vie des êtres dont elle relate les noms:

MIKEL EUZENN, ALIETTA NANÈS, 1844.

LA NUIT DES MORTS

A Madame Edmée Bénac.

Douar ar Vro a bétra vefè gré
Met euz ar ré zo enn-hi douaret?...
La terre de la Patrie, de quoi serait-elle faite,
Sinon de ceux qui y sont enterrés?...

—... Si vous voulez assister à une vraie «nuit des morts», venez passer le soir de la Toussaint chez nous, dans nos montagnes... Nous ne sommes pas des esprits mobiles et changeants comme les gens de la côte. Ils ont délaissé les anciens rites, nous les pratiquons encore... Venez et vous verrez. Cela mérite d’être vu.

Ainsi me parlait le pillawer... Sous prétexte que nous portons le même nom, il se dit un peu mon parent. Il se pourrait, après tout, que ses ancêtres et les miens eussent autrefois fait partie du même clan. Il ne manque jamais, à chacun de ses voyages, de m’honorer d’une courte visite. Très aimable homme, d’ailleurs, et, malgré la rusticité de son aspect, sachant son monde.

Il ajouta: