L'un d'eux dit:

—J'ai envoyé la ménagère par la traverse. Elle doit être à la ferme depuis déjà dix bonnes minutes… S'il n'y a rien de nouveau, elle ne va pas tarder à me faire signe.

Ils s'étaient arrêtés; une main en abat-jour au-dessus des yeux, ils regardaient dans la direction de Keralzy.

—La voilà! s'écria un second. Je la reconnais. Elle secoue dans l'air un mouchoir.

—C'est donc que tout va bien, répondit celui qui avait parlé le premier et qui n'était autre que le fermier du lieu.

Il poussa de toute la force de ses poumons un iou! retentissant pour donner à entendre à sa femme que son signal avait été aperçu et qu'elle pouvait quitter sa faction.

Puis, se tournant vers les paysans qui l'escortaient:

—Il est inutile que vous m'accompagniez plus loin. Les chouans ne m'auront pas encore cette fois-ci!

Il y eut de gros éclats de rire, un échange de lazzis campagnards, et l'on se sépara. Le fermier continua seul sa route.

Il n'avait pas fait cent pas qu'il vit, jouxte le calvaire, une grande forme étendue qui s'agitait confusément. C'était le cheval; son flair l'avait averti de l'approche de son maître, et il essayait de se remettre sur pied, sans y réussir, battant le sol avec sa tête à coups sourds et précipités.