Et tous se demandèrent troublés dans leur gai repas de Noël:
—Quel est donc le chrétien qui meurt au moment où Jésus vient de naître?
Certes, ils étaient loin de penser que ce fût le forgeron de Saint-Efflam.
Miliau raconta son histoire au prêtre, fit son acte de contrition, reçut les derniers sacrements et ferma les yeux. Des voisines accoururent pour le veiller. Vers le jour, comme une aube triste commençait à blêmir au dehors, sur le vaste pays neigeux, il entr'ouvrit les paupières, fit signe à Brun l'apprenti et lui murmura dans l'oreille:
—Tu diras à Jouan Le Bourdonnec que, sur les douze fers, je n'ai pu en parachever que dix. Il voudra bien m'excuser, quand il saura qu'il n'y a point de ma faute.
Dans les fermes d'alentour, des coqs chantèrent.
A partir de ce moment il ne bougea plus. Une des femmes, ayant imaginé de lui passer un chapelet dans les doigts, s'aperçut qu'ils étaient rigides. On n'avait cependant pas vu son âme s'en aller.
La fête de Noël à Plouzélambre fut annoncée, ce matin-là, par un double glas, et le fossoyeur eut à creuser deux tombes, l'une pour Miliau Arzur, l'autre pour Gonéry Lezveur.
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—J'ai tenu à payer la croix de fer qui abrite le vieux forgeron dans la paix du repos final, me dit en terminant Jouan Le Bourdonnec. J'aurais dû t'y conduire. J'y récite un De profundis tous les dimanches.