Mais Glaudinaïk ne se leva pas; ce furent les Arabes qui franchirent le seuil derrière lui, en le regardant de leurs yeux vifs, pétillants de haine. Dehors, c'était le même ciel immense de lave refroidie, où passaient, non plus les rafales mouillées de tantôt, mais des souffles aigres de bise qui vous coupaient la face.

Et il sentit qu'elle était loin, la tiédeur qui passe sur l'aile des vents de Bretagne, même au cœur de l'hiver.

Il remonta vers la caserne, vers la gouailleuse chambrée, la tête vide et sonnant creux, l'âme tout endolorie…

—Voilà! dit-il en terminant… Pour parler comme mon frère l'abbé, ce n'est peut-être pas très orthodoxe… mais, de cette messe de minuit, je me souviendrai à tout jamais.

Puis, se tournant vers sa jeune femme assise sur le banc du lit, à gauche de l'âtre, auprès des servantes:

—En aucune circonstance, Glaudinaïk, pas même au pays des Kroumirs, devant la mort, je n'ai pensé à toi avec plus de ferveur.

Il se tut. On n'entendit plus, dans le grand silence, que le tic-tac de l'horloge et la chanson de la bûche qui agonisait.

III
RÉCITS DE PASSANTS

LES DEUX AMIS

C'était le soir de la Toussaint, à la veillée, dans une vieille maison des environs de Plogoff, bâtie sur l'emplacement et avec les pierres de l'ancien manoir de Kergaradec.