«Accroupie dans sa litière fraîche, la Blanchonne ruminait de lentes, d'obscures idées, parmi la respiration forte et chaude des chevaux de labour.
«—Allons, Noël! dit une voix plus légère qu'une brise d'été.
«Le harnais fut bouclé en un clin d'œil,—et ils allèrent.
«Jean Bleiz s'élança derrière eux, dans la nuit.
«Jadis, il avait été le plus agile coureur de la montagne. On racontait de lui que dans sa jeunesse, il forçait les lièvres à la chasse. Il faut croire que si ses cheveux avaient grisonné, ses jambes n'avaient point trop vieilli, car il arriva sur la grève de l'étang funéraire comme Evenn disait à Noël, là-bas, dans le purgatoire des eaux profondes:
«—Tu as été jusqu'à mi-corps, tu as été jusqu'aux aisselles; je serai délivré, si, ce soir, tu te laisses submerger tout entier. Seulement, pour Dieu! clos tes lèvres! Que pas une goutte du marais de la mort n'y puisse pénétrer! Qui a bu de cette onde n'aspire désormais qu'au trépas.
«Il se fit un silence. Jean Bleiz vit s'engouffrer lentement les deux têtes. Il murmura: «Je n'ai plus de fils», battit l'air de ses bras et s'évanouit sur le sable couleur de cendre…
«Quand il reprit ses sens, une cloche lointaine, une cloche de l'autre monde sonnait l'angélus. Et il entendit son fils Noël, agenouillé près de lui, qui lui disait:
«—Vois cette fumée blanche qui monte dans le ciel! C'est l'âme délivrée d'Evenn Mordellès qui gagne le Palais de la Trinité…
«Il regarda, vit les talus, plantés d'ajoncs, et devers l'Orient, où le jour commençait à poindre, un petit nuage clair, déjà haut, soulevé par les premiers souffles du matin.