«—Jusqu'à présent, répondis-je, je ne crois pas qu'on s'en soit servi… Mais, dis-moi, je t'en prie, ce que tu sais sur elle… Nouveaux venus dans le pays, nous n'avons connaissance ni du bien ni du mal qui ont pu s'y accomplir. Le devoir, entre femmes de cousins, est de s'éclairer mutuellement. Tu ne voudrais pas, j'en suis sûre, que, faute d'avoir été avertis à temps, nous qui sommes ignorants de tout ce qui a trait à cette contrée, nous nous attirions des désagréments, sinon des infortunes… Cette hache, n'est-ce pas? a été l'instrument de quelque malheur. Et je ne doute point, à la façon dont tu détournes d'elle tes regards, qu'elle ne passe pour être maléficieuse et, peut-être, diabolique… Je t'en conjure, par Dieu et par les sept saints de Bretagne, hâte-toi de m'apprendre ce qu'il m'importe tant de connaître!…»
… Ici, Matic fit une pause, essuya les gouttes de sueur qui perlaient à ses tempes et poussa deux ou trois soupirs.
—C'est le plus dur qui me reste à conter, prononça-t-elle.
III
Et, après un silence troublé seulement par le bruit du vent au dehors et les craquements des volets, elle reprit:
—La voisine me fit, sur mes supplications, ce récit que j'ai retenu point par point:
«Un jour, des bohémiens errants, montreurs d'ours et diseurs de bonne aventure, s'égarèrent dans la forêt de Porthuault; ils arrivèrent, harassés, à bout d'haleine et de forces, dans la clairière où travaillait alors François Harnay. Celui-ci, homme généreux et hospitalier, les admit au repas de famille, les hébergea une nuit, dans son appentis, et, le lendemain, les mit dans leur chemin, sans vouloir accepter d'eux aucun argent. Un vieux, presque centenaire, qui paraissait être le chef de la bande, lui dit:
«—Ton accueil nous a touchés. Nous t'en aurons une gratitude éternelle, et ton nom sera vénéré jusque chez les enfants de nos petits-enfants. Je veux te faire un cadeau qui puisse t'être utile. Reçois-le en souvenir de nous. Je suis assuré d'avance qu'il te portera bonheur.
«Et il sortit de son havresac cette hachette.
«—Ceci te sera un talisman, ajouta le vieillard, à la condition que tu t'en serves toujours comme d'un outil de travail, jamais comme d'une arme de combat.