—Votre père est donc médecin, Vanda? s'informa dame Claude, quand elle fut restée seule avec la jeune fille.

—Il n'est point de science dont le docteur Ropardi n'ait pénétré les plus secrets arcanes, répondit Vanda, non sans un éclair d'orgueil dans ses grands yeux limpides que voilaient d'une ombre bleuâtre ses longs cils.

Chez nous, dans la tribu, les gens prétendent que ses connaissances sont infinies. Il n'y a que la steppe ou que la mer, affirment-ils, qui soient aussi vastes que son esprit. Il entend le langage des vents et celui des étoiles. Les herbes lui ont révélé, dans les nuits de lune, leurs vertus salutaires ou malfaisantes. Il serait, s'il le voulait, aussi puissant pour le mal que pour le bien. Mais, en même temps qu'une intelligence incomparable, il porte en lui un sentiment divin. C'est une âme de lumière, vivifiante et douce comme le soleil. Jamais il n'a fait usage de son prestigieux génie que pour soulager, pour guérir. Rita Dongui, notre maîtresse est en bonnes mains…

Une plainte continue s'élevait de l'autre côté de la cloison.

—Quelles sont, en pareille occurrence, les habitudes de votre pays? interrogea la Hongroise.

—Nous prions, fit l'intendante en se mettant à genoux.

—Sur les rives de la Tisza, l'on chante.

Et, tandis que Clauda Riou invoquait à mi-voix la Vierge-Mère et sainte Brigitte, patronne des femmes en couches, elle commença de fredonner doucement, dans son idiome barbare, une chanson en mineur, qui tantôt se traînait en notes graves et lentes, tantôt courait, rapide, sur un rythme allègre et précipité.

Soudain, la porte de la chambre où la marquise souffrait les douleurs de l'enfantement s'entre-bâilla pour donner passage à la tête léonine de Ropardi.

—Venez, dit-il en s'adressant à Clauda.