—C'est bien. Faites ce qui est convenu.
Et, se tournant vers l'intendante, il lui fit signe de se lever avec l'enfant.
—Suis-moi, Clauda, prononça messire Guillaume.
Avant de s'éloigner, il demanda au vieux:
—Et la marquise?
—Voyez, elle repose.
Par l'ouverture des rideaux, dans la pénombre de l'alcôve, on apercevait la tête pâle et fine de la jeune femme, noyée dans les ondes brunes de ses beaux cheveux épandus. Elle semblait dormir d'un sommeil enchanté.
—Avant trois jours, reprit le majestueux vieillard, elle sera sur pied, comme toutes les filles de notre race.
L'intendant et sa femme descendirent aux appartements du rez-de-chaussée, précédés de Vanda qui les éclairait. Clauda tenait le nouveau-né soigneusement enveloppé dans des linges magnifiques aux dessins compliqués et multicolores, ceux-là-mêmes que la marquise avait passé l'hiver à broder, bercée aux bavardages de la Bretonne.
Ils enfilèrent une longue suite de corridors et de salles jusqu'à cette partie du château que M. de Locmaria avait aménagée à dessein pour être, selon sa propre expression, le «paradis de ses enfants». Car il avait pensé à tout, le marquis, sauf à la fatalité qui était entrée dans sa vie sur les pas de la «Bohémienne».