—Elle est à l'aire-neuve, monsieur le marquis, au manoir de Kerhallon.

Le marquis tourne bride, pique des deux vers Kerhallon où les danseurs battent l'aire nouvelle, au son des hautbois et des binnious. Il reconnaît, parmi les couples, le clerc de Lampaul à sa veste grise et Fiecca Le Calvez à son justin blanc.

—Clerc, dit-il, assez de danses! Une aire-neuve est surtout faite pour lutter. Jetons bas nos pourpoints et que la belle qui est à ton côté soit l'enjeu!

Le clerc lui répondit du même ton hautain:

—Les luttes sont bonnes pour nous autres, paysans. Vous êtes gentilhomme: je vous ferai raison avec l'épée.

Le duel s'engage, haletant et farouche. Mais le marquis se sent faiblir.

—Trêve! s'écrie-t-il, et soyons amis!

Le clerc, confiant, laisse tomber son épée, et le marquis, éclatant d'un mauvais rire, lui passe la sienne à travers le corps.

Tels étaient les exploits coutumiers du bâtard de Locmaria. En revanche, on vous citera du même homme des traits admirables de mansuétude et de pitié.

Un matin qu'il revenait de quelque équipée nocturne, son cheval se cabra devant un paquet de haillons couché en travers de la route et d'où s'exhalait un gémissement indistinct. Le fougueux marquis mit immédiatement pied à terre et secoua, non sans rudesse, le monceau de loques.