Mais alors, un paysage vaut un autre paysage. La magnificence ou la bizarrerie des sites n'est pas indispensable. Toute la beauté de la nature est dans le moindre village. Il suffit qu'on regarde, avec des yeux qui sachent s'étonner, les pudiques prairies se voiler, à l'aube, de nuées blanches et courir dans les bois le doux visage de la lune. Il suffit d'un arbre qui se mire sur l'eau; il suffit des chaumières qui, le soir, s'endorment; il suffit des labours qui boivent la pluie.

«Je ne peux pas me figurer, dit Nanette, que les bêtises de notre pays intéressent tes Parisiens!»

Nanette ne sait pas. La vieille Nanette, hélas! est tout usée par l'habitude. Et, à nous aussi, l'habitude a gâté le regard. Il nous faut, pour voir naïvement, le secours de l'art le plus fin, le plus délicat. Et Jules Renard nous est un habile montreur des paysages familiers. Il les découvre:—il les découvre de ce voile que l'habitude quotidienne et séculaire y avait posé.


Jules Renard a été le parfait littérateur d'un temps où abondaient et les rhéteurs et les barbouilleurs de toutes sortes. Quand se prodiguent ainsi les primaires, un bon écrivain s'enferme avec plus d'assiduité dans l'amour de son art. Il s'y cantonne; il s'y emprisonne. Têtu, il n'en sortira pas. On l'appellera pédant; et il sera content de l'injure, il en sera fier.

Pendant que hurlera la multitude exubérante, il arrangera de jolis mots en belles phrases.

C'est ce qu'a fait Jules Renard, littérateur.