V
Paul Éluard, Marcel Noll et moi nous trouvons réunis à la campagne dans une pièce où trois objets sollicitent notre attention: un livre fermé et un livre ouvert, d'assez grandes dimensions, de l'épaisseur d'un atlas et inclinés sur une sorte de pupitre à musique, qui lient aussi d'un autel. Noll tourne les pages du livre ouvert sans parvenir a nous intéresser. En ce qui me concerne, je ne m'occupe que du troisième objet, un appareil métallique de construction très simple, que je vois pour la première fois et dont j'ignore l'usage, mais qui est extrêmement brillant. Je suis tenté de l'emporter mais, l'ayant pris en mains, je m'aperçois qu'il est étiqueté 9 fr. 90. Il disparaît d'ailleurs à ce moment et est remplacé par Philippe Soupault, en grand pardessus de voyage blanc, chapeau blanc, souliers blancs, etc. Soupault est pressé de nous quitter, il s'excuse aimablement et j'essaie en vain de le retenir. Nous le regardons par la fenêtre s'éloigner en compagnie de sa femme, que nous ne voyons que de dos et qui est comme lui toute habillée de blanc. Sans chercher à savoir ce que Noll est devenu, nous quittons alors la maison, Éluard et moi, Éluard me demandant de l'accompagner à la chasse. Il emporte un arc et des flèches. Nous arrivons au bord d'un étang couvert de faisanes. «À la bonne heure», dis-je à Éluard. Mais lui: «Cher ami, ne crois pas que je sois venu ici pour ces faisanes, je cherche tout autre chose, je cherche François. Tu vas voir François. » Alors toutes les faisanes d'appeler: «François, François, François!» Et je distingue au milieu de l'étang un superbe faisan doré. Éluard décoche dans sa direction plusieurs flèches mais—ici l'idée de la maladresse prend en quelque sorte possession du rêve qu'elle n'abandonnera plus—les flèches portent «trop court». Pourtant le faisan doré finit par être atteint. À la place de ses ailes se fixent alors deux petites boîtes rectangulaires de papier rose qui flottent un instant sur l'eau après que l'oiseau a disparu. Nous ne bougeons plus jusqu'à ce qu'une femme nue, très belle, s'élève lentement de l'eau, le plus loin possible de nous. Nous la voyons à mi-corps puis à mi-jambes. Elle chante. À ma grande émotion, Éluard lance vers elle plusieurs traits qui ne l'atteignent pas mais voici que la femme, qu'une seconde nous avions perdue de vue, émerge de l'eau tout près de nous. Une nouvelle flèche vient lui transpercer le sein. Elle y porte la main d'un geste adorable et se reprend à chanter. Sa voix s'affaiblit lentement. Je n'ai pas plus tôt cessé de l'entendre qu'Éluard et elle ne sont plus là. Je me trouve en présence de petits hommes mesurant environ 1 m. 10 et habillés de jersey bleu. Ils arrivent de tous les points de l'étang et, comme je les observe sans défiance, l'un d'eux, ayant l'air d'accomplir un rite, s'apprête à m'enfoncer dans le mollet une très petite flèche à deux pointes. Il me semble qu'on veut m'unir dans la mort au faisan doré et à la belle chanteuse. Je me débats et j'envoie à terre plusieurs des petits hommes bleus. Mais le petit sacrificateur me poursuit et je finis par tomber dans un buisson où, avec l'aide d'un des autres poursuivants, il cherche à me ligoter. Il me semble facile de terrasser mes deux adversaires et de les ligoter à ma place mais la maladresse ne me permet que de leur prendre la corde et d'en faire autour de leur corps un nœud extrêmement lâche. Je m'enfuis ensuite le long d'une voie de chemin de fer, et, comme on ne me poursuit plus, je modère peu à peu mon allure. Je passe à proximité d'une charmante usine que traverse un fil télégraphique dirigé perpendiculairement à la voie et situé à cinq ou six mètres du sol. Un homme de ma taille tend à deux reprises, très énergiquement, le bras vers le fil sur lequel, sans aucun mouvement de lancement, il réussit à placer en équilibre, à égale distance de l'usine et des rails, deux verres vides du type gobelet. «C'est, dit-il, pour les oiseaux.» Je repars, avec l'idée de gagner la gare encore lointaine d'où je puisse prendre le train pour Paris. J'arrive enfin sur le quai d'une ville qui est un peu Nantes et n'est pas tout à fait Versailles, mais où je ne suis plus du tout dépaysé. Je sais qu'il me faut tourner à droite et longer le fleuve assez longtemps. J'observe, au-dessus du très beau pont qui se trouve à ma gauche, les évolutions inquiétantes d'un avion, d'abord trèsélevé, qui boucle la boucle avec peine et inélégance. Il perd constamment de sa hauteur et n'est plus guère qu'au niveau des tourelles des maisons. C'est d'ailleurs moins un avion qu'un gros wagon noir. Il faut que le pilote soit fou pour renouveler sa prouesse si bas. Je m'attends à le voir s'écraser sur le pont. Mais l'appareil s'abîme dans le fleuve et il en sort sain et sauf un des petits hommes bleus de tout à l'heure qui gagne la berge à la nage, passe près de moi sans paraître me remarquer et s'éloigne dans le sens opposé au mien.
[PIÈCE FAUSSE]
À Benjamin PÉRET
Du vase en cristal de Bohême
Du vase en cris
Du vase en cris
Du vase en
En cristal
Du vase en cristal de Bohême
Bohême
Bohême
En cristal de Bohême
Bohême
Bohême
Bohême
Hême hême oui Bohême
Du vase en cristal de Bo Bo
Du vase en cristal de Bohême
Aux bulles qu'enfant tu soufflais
Tu soufflais
Tu soufflais
Flais
Flais
Tu soufflais
Qu'enfant tu soufflais
Du vase en cristal de Bohême
Aux bulles qu'enfant tu soufflais
Tu soufflais
Tu soufflais
Oui qu'enfant tu soufflais
C'est là c'est là tout le poème
Aube éphé
Aube éphé
Aube éphémère de reflets
Aube éphé
Aube éphé
Aube éphémère de reflets
[PSSTT]
| Neuilly 1-18. | Breton, vacherie modèle, r. de l'Ouest, 12, Neuilly. |
| Nord 13-40. | Breton (E.), mon. funèbr., av. Cimetière Parisien, 23, Pantin. |
| Passy 44-15. | Breton (Eug.), vins, restaur., tabacs, r. de la Pompe, 176. |
| Roquette 07-90. | Breton (François), vétérinaire, r. Trousseau, 21, (2e). |
| Central 64-99. | Breton frères, mécanicien, r. de Belleville, 262, (20e). |
| Bergère 43-61. | Breton et fils, r. Rougemont, 12, (9e). |
| Archives 32-58. | Breton (G.), fournit, cycles, autos, r. des Archives, 78, (3e). |
| Central 30-08. | Breton (Georges), r. du Marché-Saint-Honoré, 4, (1er). |
| Wagram 60-84. | Breton (M. et Mme G.), bd Malesherbes, 58, (8e). |
| Gutenberg 03-78. | Breton (H.), dentelles, r. de Richelieu, 60, (2e). |
| Passy 80-70. | Breton (Henri), négociant, r. Octave-Feuillet, 22, (16e). |
| Gobelins 08-09. | Breton (J.), Elix. Combier, ag. gén., butte du Rhône, 21-23. |
| Roquette 32-59. | Breton (J.-L.), député, s.-secr. Etat inv., bd Soult, 81 bis. |
| Archives 39-43. | Breton (L.), hôtel-bar, r. François-Miron, 38, (4e). |
| Marcadet 04-11. | Breton (Noël), hôtel-rest., bd National, 56, Clichy. |
| Roquette 02-25. | Breton (Paul), décolleteur, r. Saint-Maur, 21, (11e). |
| Central 84-08. | Breton (Th.), contentieux, r. du fg. Montmartre, 13, (9e). |
| Saxe 57-86. | Breton (J.), biscuits, r. La Quintinie, 16-18, (15e). |
| Archives 35-44. | Breton (J.) et Cie, papiers en gros, r. Saint-Martin, 245, (3e). |
| Roquette 09-76. | Breton et Cie (Soc. an.) charbons gros, q. La Râpée, 60, (12e). |
Breton (André).