— Qu’est-ce qui est fini ?
— Mais la corvée de notre séjour ici, s’exclama-t-il. Tu devais en avoir assez, hein ?… Et moi donc ! Et tout s’arrange, figure-toi… tout s’arrange si bien… C’est inespéré… quoique pourtant…
Les paroles se pressaient de telle sorte sur ses lèvres qu’il ne pouvait parvenir à les prononcer entièrement. Il balbutiait, riait à demi, devait s’interrompre entre chaque phrase pour respirer avec force. Et devant cet homme si différent de l’homme anxieux et bouleversé que j’avais quitté tout à l’heure, je croyais à présent m’être trompée dans la rue obscure, avoir ouvert une autre porte, être entrée dans une autre maison.
— Qu’est-ce que tu fais ? Cela est impatientant de te voir debout. — Assieds-toi que je te raconte… Voilà… je te dis que c’est inespéré… Inespéré… entendons-nous… En somme, cela m’était bien dû… Avoir eu la malchance, la guigne…
— La malchance ?…
— Que ce Landargues, dit-il, se soit laissé si bêtement mourir entre mes mains. Je t’avais défendu de m’en parler. Cela m’exaspérait… Mais tout de même, est-ce que par hasard tu l’aurais oublié ?
Et, dans son contentement, il se mit à rire comme s’il venait là de me poser la plus plaisante question.
— Non… oh ! non.
— Voyons, dit-il, s’asseyant au bord de la malle, et, dans son agitation, se relevant aussitôt… Il faut que je me calme un peu… et puis je vais te raconter… Maintenant, tu comprends, ça m’est bien égal d’en parler, ça me fait même plaisir puisque tout se trouve tourner au mieux de mes intérêts… Mais que j’ai souffert ! Ah !… ça n’était pas drôle.
Il secouait la tête et soufflait de ses lèvres entr’ouvertes un interminable soupir.